Je dis.
Et oui, jeudi donc "Je dis". Je dis un mot et j'attends de voir ce que ça me dit (non, promis, cette fois je ne vous ferai pas le coup du ça me dit, samedi, ...ni celui du ça, promis. Donc, je dis un mot, celui qui passe juste au moment où je vais en dire un, et j'attends de voir ce que je me dis.
Aujourd'hui je dis Poème.
Parce qu'il y avait longtemps. Pas longtemps que je l'avais dit puisque je viens juste de le faire... Faire, dire, même combat? Quel beau sujet de réflexion, dommage que je ne l'aie pas dit plus tôt. Non, longtemps qu'il n'y avait pas eu un vrai poème sur Soliblog, quoique...et d'abord qu'est-ce qu'un vrai poème... Vrai, faux, même combat? Quel beau sujet de réflexion, dommage que je ne l'aie pas dit plus tôt. J'ai bien une idée mais ce serait trop long à mettre en place, je vais donc choisir la seconde idée, car en fait j'en avais deux, j'en ai toujours une de plus que le nombre annoncé, une idée de secours en cas de panne, donc si vous avez bien suivi en ce moment j'en ai trois, mais comme j'en ai toujours une de plus que le nombre annoncé...vous suivez?
Mais revenons à notre seconde, que dis-je, deuxième idée: une petite promenade sur Soliblog et vous trouverez tout un tas de poèmes, plus ou moins bien cachés, ce sera un peu comme une chasse aux trésors (ceci dit en toute modestie), ou aux œufs en chocolat, comme celle que vous ne ferez peut-être pas dimanche prochain...mais pourquoi un "ou", les œufs en chocolat ne seraient donc pas des trésors... Trésors, œufs, même combat? Quel beau sujet de réflexion, dommage que je ne l'aie pas dit plus tôt.
Donc je dis Poème. Parce qu'il y avait longtemps, et qu'avec le temps va, tout s'en va. Il n'y a donc pas une seconde à perdre, sans tout je ne suis rien... Tout, rien, même combat? Quel beau sujet de réflexion, dommage que je ne l'aie pas dit plus tôt. A moins que je ne le remonte ou, mieux, l'arrête, le suspende. Le temps. Son vol. Quel beau sujet de réflexion, j'ai bien fait de le dire maintenant.
Et la boucle fut bouclée, ce qui était normal pour une boucle...quoique. D'accord, je la boucle.
Alphonse de LAMARTINE - Le Lac
"Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour? Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière, Et près des flots chéris qu'elle devait revoir, Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir! Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes; Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés; Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes Sur ses pieds adorés. Un soir, t'en souvient-il? nous voguions en silence; On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux. Tout à coup des accents inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos, Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère Laissa tomber ces mots: « Ô temps, suspends ton vol! et vous, heures propices, Suspendez votre cours! Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours! « Assez de malheureux ici-bas vous implorent; Coulez, coulez pour eux; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent; Oubliez les heureux. « Mais je demande en vain quelques moments encore, Le temps m'échappe et fuit; Je dis à cette nuit: « Sois plus lente »; et l'aurore Va dissiper la nuit. « Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive; Il coule, et nous passons! » Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse, Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, S'envolent loin de nous de la même vitesse Que les jours de malheur? Hé quoi! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace? Quoi! passés pour jamais? quoi ! tout entiers perdus? Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, Ne nous les rendra plus? Éternité, néant, passé, sombres abîmes, Que faites-vous des jours que vous engloutissez? Parlez: nous rendrez vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez? Ô lac! rochers muets! grottes! forêt obscure! Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, Au moins le souvenir! Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages, Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux, Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux! Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe, Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés, Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés! Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, Que les parfums légers de ton air embaumé, Que tout ce qu'on entend, l'on voit et l'on respire, Tout dise: « Ils ont aimé! »"
|