Je ne résiste pas, d'ailleurs pourquoi résisterais-je... mais revenons à nos moutons puisque c'est bien d'eux qu'il s'agit dans cette étude que je ne résiste donc pas à vous présenter en ce mardi jour des Martine:
Le mouton dans la société française.
Il nous réveille le matin, nous donne l'heure, nous informe de notre emploi du temps de la journée, nous permet de rester en contact avec nos proches quel que soit l'endroit où nous nous trouvons. Le soir en nous couchant nous le bordons et le matin le réveillons. En très peu de temps le mouton est devenu notre animal fétiche quotidien, couché sur la table de nuit ou le guéridon de l'entrée, glissé dans le sac ou la veste avec les clés de la maison, installé à côté de la souris d'ordinateur au travail. Il nous suit partout, fidèle animal de compagnie.
Dans son étude, le GIM (Groupe Interdisciplinaire sur les Moutons) souligne que le mouton “est à ce point intégré dans notre environnement quotidien qu'il apparaît finalement comme un animal auquel on doit offrir une place consacrée. A la manière des clés pour lesquelles toute une série d'accessoires a été inventée, le mouton a désormais sa pochette dans les sacs à mains.” Pas de doute, il s'est installé dans nos vies, transformant au passage notre relation aux autres et nos comportements.
Et pourtant, le mouton n'est pas récent. Il remonte à la nuit des temps. “Jamais auparavant un animal n'avait connu un tel succès, aussi rapidement et à une telle échelle”. En une année, il est parvenu à entrer dans la vie de trois Français sur quatre. En février 2006, 65% d'entre eux possédaient au moins un mouton personnel. Et en 2010, ce chiffre devrait atteindre 73% de la population. Le budget mouton a pris une place importante dans le portefeuille des familles. “Les ménages ont arbitré en faveur du mouton en rognant sur d'autres postes.”
Une remarque qui ne vaut pas que pour les hauts revenus. Car voilà, le mouton n'est pas une affaire de classes sociales. “Le mouton a connu une démocratisation fulgurante. Il s'est intégré dans toutes les couches de la population.” Dans la deuxième édition de l'Observatoire Sociétale du Mouton, l'Afom (Association française des moutons) et TNS Sofres remarquent également que, contrairement à d'autres animaux communicants qui sont des “marqueurs sociaux”, le mouton se distingue par sa présence dans toutes les catégories sociales. C'est donc un phénomène profondément universel. Il est bien loin le temps où arborer un mouton revenait à prouver son statut social et professionnel. “Dans les années 95-96, il existait une suspicion d'un mensonge sur le statut de la personne possédant un mouton.” Le mouton était-il légitime? Son possesseur n'était-il pas un frimeur?“ Aujourd'hui, ceux qui sont regardés avec suspicion sont les gens qui n'en possèdent pas. (...) En quelques années, il est devenu normal et naturel d'avoir un mouton.”
D'aucuns distinguent trois étapes: tout d'abord la genèse, puis la cristallisation avec la mise en oeuvre de pratiques sociales et enfin, aujourd'hui, la transformation de cette normalité. “Il ne s'agit plus de posséder un mouton, mais un certain type de mouton.” L'Afom et TNS Sofres parlent à ce sujet de trois générations pour qui la relation et les valeurs associés au mouton diffèrent. Pour les 12-24 ans, la relation avec le mouton est affective et inconditionnelle, alors que, pour les 25-39 ans, elle est davantage ancrée dans le fonctionnel et le rationnel et, pour les 40 ans et plus, purement utilitaire et même distanciée. Un classement qui ne fait pas l'unanimité, d'autres préférant parler d'“étapes de vie”. Une jeune fille de 20 ans qui est étudiante et une autre jeune fille du même âge qui travaille n'auront pas du tout la même relation avec leur mouton. Le mouton aurait même, pour certains, remplacé la cigarette en tant que symbole du passage à l'âge adulte! Il leur permet de s'émanciper, de gagner en autonomie, de sortir du cocon familial, de se choisir un groupe d'amis. “Le mouton représente aux yeux des plus jeunes un animal magique, une porte ouverte sur le monde. Pour beaucoup, sans leur mouton, ils n'existent plus, alors que pour les plus de 60 ans il est davantage perçu comme un animal sécurisant.”
Mardi prochain: Présidentielles 2007 - Les moutons, une thématique de campagne émergente.
|